Droit au sexe : jouir sans forcer

Abomey-Calavi était encore endormie, quand Colette et Carlos s’adonnaient à leur quatrième partie matinale de jambes en l’air. Après avoir douloureusement éjecté tout ce qui lui restait de ses entrailles Carlos pensait à comment récupérer de cette longue partie alors que Colette avait encore envie d’une partie supplémentaire. Même si la proposition était intéressante, parce que rare, Carlos n’avait plus la force de jouer. Il lui exprima un refus, qui ne fut pas de son goût au point où elle hurla : « J’ai le droit de me faire sauter. Tu ne perds rien pour attendre ».

Si pour Descartes, « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée », pour elle c’est plutôt le sexe qui est la chose du monde la mieux partagée. Qu’il soit considéré comme un simple plaisir ou un moyen de perpétuer une génération, c’est l’activité que les êtres humains, à moins qu’ils aient fait un vœu d’abstinence, pratiquent tous. Colette ne comprenait donc pas qu’on lui refuse ce qu’elle considère comme son droit le plus absolu. La curiosité de Carlos l’a poussé à se demander si le sexe était un droit ?

Avant tout propos, il convient de différencier le droit au sexe du droit à un sexe qui veut qu’un sexe (masculin/féminin) soit reconnu à chaque personne, même si ce droit tend à évoluer dans certains pays avec la multiplication du transsexualisme et de l’asexualité. Mais, le nombre d’interrogations qui se posent autour de l’existence du droit au sexe sont incalculables.

On a beau décortiqué, pénétré les Chartes, Déclarations et outils de protection des droits de l’Homme, on ne retrouve aucune référence expresse au droit au sexe. Cette sècheresse juridique en la matière nous empêche de donner avec exactitude une définition ou un contenu à ce droit. Le droit au sexe doit-il être considéré comme le fait de s’ébattre sensuellement ou durement, de jouir solitairement ou solidairement ou encore de faire jouir…? Le contenu varierait d’une personne à une autre, d’une période à une autre, d’un lieu à un autre. Néanmoins implicitement, déduire du droit de se marier ce droit au sexe ne serait pas illogique, puisque le sexe est une implication du mariage. Le mariage est d’ailleurs l’une des conditions que la religion fixe afin de jouir de ce « droit ».

Ensuite, admettons que chacun puisse donner à ce droit le contenu correspondant à ses fantasmes et désirs, son exercice reste également une problématique entière. A quel moment devrait-il s’exercer ? Avec qui ? À partir de quel âge ? Où ? Et comment ? De plus, la consécration d’un tel droit n’impliquerait-il pas que son titulaire puisse exiger qu’on accède à toutes ses demandes sexuelles, à l’instar de Colette ? Si aucune réponse expresse n’est donnée par le législateur à ces questions, il faut dire qu’il n’a pas hésité à s’installer dans ce qui pourrait être qualifié de donjon de la sexualité et à fixer des barrières que violeurs, harceleurs, proxénètes, pédophiles, nymphomanes, sadomasochistes n’auraient eu aucun mal à franchir.

La loi conditionne l’exercice du « droit au sexe » au consentement du partenaire. L’absence de consentement traduit que le plaisir de l’un est contrasté par le dégoût de l’autre. C’est donc au mépris du désir exagéré et incontrôlé de ces prédateurs sexuels que le Code pénal punit le viol (articles 553 et s.), le harcèlement sexuel (articles 548 et s.), le proxénétisme (articles 556 et s.), l’attentat à la pudeur (articles 544 et s.). Ces infractions pénales liées au sexe sont plus sévèrement sanctionnées par le Code pénal dès que des mineurs sont victimes. Cependant, le Code pénal reste muet quant à l’âge de la majorité sexuelle, c’est-à-dire l’âge à partir duquel une personne peut donner un consentement valable à l’acte sexuel. Cet âge est plutôt fixé à 16 ans par la loi n°2011-26 du 09 janvier 2012
Portant prévention et répression
des violences faites aux femmes en son article 3. Le caractère non subsidiaire du consentement au sexe traduit qu’il s’agit là d’une liberté. Autant on a le droit de tremper son biscuit, autant on peut à juste titre refuser de le faire, sans y être contraint.

Ce qu’il faut retenir, c’est que le droit au sexe revendiqué par Colette n’est pas expressis verbis consacré dans un texte juridique. Par contre, les nombreuses restrictions liées aux pratiques sexuelles renforcent l’idée selon laquelle il existe, tout en étant extrêmement encadré dans son exercice. Ces éléments font également penser qu’il s’agit d’une liberté à laquelle chacun peut mettre un joug.

Chers Bavards du Droit, pensez-vous comme Colette que vous avez un droit au sexe ?

Foumilayo Assanvi

2 Replies to “Droit au sexe : jouir sans forcer”

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s