J’AI ETE VIOLÉE…PUIS- JE AVORTER S’IL VOUS PLAIT ???

AMINA, jeune fille dotée d’un potentiel physique énorme fait chavirer le cœur de tous les jeunes hommes du quartier qui, ne voulaient pas forcément d’une relation sérieuse mais d’une simple partie de plaisir .

Au fil du temps, elle était devenue le trophée à gagner à tout prix.
Cependant, en dépit de leurs multiples tentatives , ils se voyaient tous opposer un refus catégorique d’Amina quand il s’est agi d’aller au sexe.
Un jour, alors qu’Amina rentrait de l’église aux alentours de 23h , deux hommes qu’elle ne pouvait reconnaître s’en prirent à elle et contre son gré la violèrent dans un coin sombre de la rue.


Amina était dévastée et perdue après cette terrible expérience. Elle l’était encore davantage lorsqu’elle apprit près de deux mois plus tard qu’elle était tombée grosse des suites de l’incident. Ne sachant plus à quel saint se vouer mais voulant à tout prix finir avec ce cauchemar, l’une des solutions qui lui vinrent à l’esprit fut l’avortement.

Ce sujet présente plusieurs aspects, religieux, social, sanitaire , mais aussi juridique…C’est sur ce dernier aspect que nous nous attelerons dans le cadre de cet exposé.

Il s’agira alors dans un premier temps de présenter ce qu’est l’avortement , dire s’il est autorisé ou pas au Bénin puis dans un second temps, dire ce qu’il en est en cas de viol .


Qu’est-ce que l’avortement ?

L’avortement est défini comme l’interruption d’une gestation, naturelle (fausse couche) ou provoquée. Ainsi, il peut être provoqué ou naturel. Nous allons nous intéresser à l’avortement provoqué puisque c’est celui qui entre dans le cadre de notre exposé.
Lorsque l’avortement est provoqué, on parle d’interruption volontaire de grossesse (IVG).

L’avortement est-il légal au Bénin ?

Le principe qui prévaut au Bénin est celui de l’illégalité de l’avortement.
En effet , selon les dispositions de l’article 145 de la loi n° 2015-08 portant Code de l’enfant en République du Bénin, « l’avortement est interdit ». Il résulte donc clairement que l’illégalité de l’avortement est la règle dans la législation béninoise.
A cet effet, l’alinéa 2 de l’article 145 dispose que :

« aucune femme ne peut volontairement se faire avorter ».


Par ailleurs, l’article 324 du nouveau Code pénal dispose que :

« celui qui, par des aliments, des breuvages, des médicaments, des violences ou par tout autre moyen fait avorter une femme, est passible d’une peine de cinq (5) ans à vingt (20) ans de réclusion et d’une amende de deux cent mille (200 000) à cinq cent mille (500 000) francs CFA. S’il en est résulté la mort de la femme, le coupable est puni d’une peine de réclusion à perpétuité ».


L’article 325 du même code pénal rajoute que

« la femme qui, volontairement avorte ou se fait avorter, est punie de cinq (5) ans à vingt (20) ans de réclusion et d’une amende de deux cent mille (200 000) à cinq cent mille (500 000) francs CFA ».


Voici autant de mesures prises dans le cadre de la prohibition de l’avortement qui est considéré comme illégal au Bénin puisqu’il faut préciser que dans certains pays l’avortement est considéré comme légal .
Et même lorsqu’il est considéré comme illégal, certains pays à l’instar du Bénin l’autorisent et prévoient donc des circonstances dans lesquelles l’avortement peut être effectué sans risque d’illégalité .

Dans ce cadre , au Bénin l’article 146 du Code béninois de l’enfant prévoit que :

« les avortements thérapeutiques sont autorisés lorsqu’ils sont demandés sous prescription médicale. L’avortement de l’enfant mineure, au cas où cela constituerait un handicap pour son développement, est autorisé par l’officier d’état civil sur présentation d’un examen réalisé par le médecin du centre de santé territorialement compétent. La demande est faite par les parents. Si l’enfant a la faculté de discernement, son consentement est requis »


Il en ressort que les avortements thérapeutiques sont autorisés par l’officier d’état civil lorsque le médecin les prescrit à l’issu des examens médicaux réalisés sur la femme enceinte . Celle-ci devra donner son consentement si elle a la faculté de discernement.

Qu’en est-il en cas de viol ?

Après le viol, difficile de penser garder la grossesse voire impossible pour certaines femmes.
Ce qui va entrainer le plus souvent des I.V.G (tardives) hors cadre légal.

Comme remède,
à travers l’article 14 du Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples relatif aux Droits de la Femme en Afrique (Protocole de Maputo) qu’a ratifié le Bénin , l’avortement est autorisé dans des circonstances précises énumérées comme suit :

  • Lorsque la grossesse est la conséquence d’un viol ou d’une relation incestueuse,
  • Lorsque la poursuite de la grossesse met en danger la vie et la santé de la gestante (femme enceinte)
  • Sur la demande de la femme lorsque le fœtus est porteur d’une malformation grave.

Ainsi, en cas de viol prouvé il est possible de se faire avorter au Bénin en suivant évidemment une procédure précise qui certainement va requérir la preuve du viol et d’autres éléments additionnels.


Les avortements thérapeutiques, ceux en cas de viol ou d’inceste et d’autres cas énoncés ci-dessus constituent donc des exceptions au principe de l’illégalité de l’avortement en république du BÉNIN .

Par rapport à notre cas pratique , Amina peut , au regard de tout ce qui a été dit plus haut se faire avorter si c’est ce qu’elle décide après ces réflexions. Le cas de viol est considéré comme un cas dans lequel l’avortement est exceptionnellement autorisé.

En conclusion, il faudrait attirer l’attention de nos lecteurs sur l’importance de l’avortement « légal » car beaucoup de jeunes filles perdent la vie en essayant de se faire avorter dans un coin de la rue, ce qui dégénère souvent et finit en bain de sang. Une grosse décision est de choisir comme solution optimale l’avortement, cependant l’autre, moins compliquée est de choisir de se faire avorter dans un centre de santé par de vrais professionnels. Ce problème ne saurait même exister si tous les cas d’avortements étaient dus aux risques vitaux, aux viols, incestes etc… Cependant, même dans les cas de grossesses normales, nos jeunes sœurs sont tentées par l’avortement et recourent à des moyens non conseillés qui mettent en péril leurs vies. Aussi, si Amina peut avorter sans que ce ne soit un acte illégal, plusieurs questions éthiques, religieuses et autres auxquelles nous n’allons pas répondre peuvent être soulevées.

Gildas P. AGBOZO

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